
La télématique vidéo a énormément évolué ces dernières années. Elle n’est plus un simple ajout « confortable » réservé à quelques flottes. Pour de nombreux opérateurs, elle est devenue un outil pratique qui améliore la sécurité, réduit les coûts et permet aux équipes de prendre des décisions fondées sur des preuves tangibles plutôt que sur des suppositions. Le point clé : la vidéo n’apporte de la valeur que si elle est conçue pour la réalité du terrain : couverture cellulaire irrégulière, coût élevé des données et temps limité pour analyser les enregistrements.
Dans le dernier épisode de Telematics Talks, Vlad Tsveklinskiy de Navixy échange avec Oscar Zhang, Directeur Général de l’unité DVR chez Jimi IoT. Jimi IoT est à l’origine de caméras embarquées multi-caméras alimentées par IA, utilisées dans plus de 180 pays. L’échange porte sur les interrogations les plus fréquentes des flottes et fournisseurs télématiques : comment capturer les bonnes séquences, comment configurer les tampons, et comment définir les règles de téléversement afin de maintenir les coûts prévisibles tout en assurant la fiabilité des preuves.
Vous pouvez regarder l’épisode complet sur YouTube ou l’écouter ici :
La vidéo continue peut sembler séduisante, mais elle montre rapidement ses limites sur le terrain. Lorsqu’un camion perd la connexion, le flux constant manque les moments cruciaux. Et quand il fonctionne, il génère des heures de vidéos que personne n’a le temps d’examiner. Résultat : un système coûteux qui échoue à fournir ce qui compte le plus en cas d’incident. C’est pourquoi de nombreuses flottes optent pour une approche basée sur les événements, où l’appareil détecte directement les faits importants et ne téléverse que les séquences utiles, accompagnées de contexte.
Une question fréquente concerne la pertinence réelle du livestreaming. Oscar estime qu’il peut être justifié dans certains cas, notamment pour le transport de biens de grande valeur sur courtes distances, où la visibilité en temps réel compense les coûts. Pour la majorité des flottes logistiques, le streaming en continu reste trop onéreux et peu efficient. Il génère d’importants volumes de données sans apporter une réelle valeur opérationnelle quotidienne. Dans ces cas, la vidéo événementielle offre un meilleur équilibre en ciblant l’essentiel et en allégeant le volume transmis.
Oscar regroupe les principaux enjeux en trois catégories. Premièrement, le coût opérationnel, incluant le forfait data et le risque lié à la perte d’une vidéo cruciale touchant à la responsabilité juridique. Deuxièmement, la sécurité : les preuves vidéo fiables permettent le coaching et protègent véhicules, conducteurs et chargements. Troisièmement, la conformité réglementaire : elle prend de l’importance face à la multiplication des normes à l’échelle mondiale. L’absence de conformité ne se limite pas aux sanctions : elle peut restreindre l’activité de toute une flotte.
La vraie valeur de la vidéo événementielle réside dans son exécution. Au lieu de tout diffuser, les flottes exploitent l’IA embarquée pour détecter les instants importants et envoyer seulement les séquences utiles, avec un tampon avant/après l’événement pour le contexte. Si elle est bien configurée, cette stratégie apporte une combinaison gagnante : des preuves pertinentes, des coûts data maitrisés et moins de temps perdu à trier le superflu. Le vrai défi réside dans la configuration. Il faut sélectionner les bonnes alertes, les ajuster avec précision et éviter les fausses alarmes afin de maintenir un bon rapport signal-bruit.
Un principe fondamental : la hiérarchisation. Tous les événements ne doivent pas être envoyés immédiatement ni consommer du forfait cellulaire. Les alertes prioritaires doivent parvenir au serveur dès que possible. Les événements de moindre importance peuvent attendre un accès Wi-Fi. Des règles claires évitent deux écueils : envoyer trop et dépenser inutilement, ou envoyer trop peu et perdre les preuves nécessaires.
Oscar donne des exemples d’événements à priorité élevée. Le bouton SOS physique en est un : si un conducteur l’active, l’équipe doit être avertie immédiatement, ce qui peut justifier une activation live. La détection de collision est un autre cas évident, surtout en cas de blessure ou d’urgence. Il insiste aussi sur certaines alertes de sécurité souvent négligées, comme le masquage caméra, le sabotage ou le brouillage. Ce type d’interférence est justement le moment où les preuves deviennent les plus précieuses.
Une séquence courte après un incident ne permet généralement pas de répondre à la vraie question du « pourquoi ». Oscar partage une configuration standard couramment utilisée : environ sept secondes avant l’événement et huit secondes après, soit 15 secondes. Ce tampon peut être étendu à 30 ou 60 secondes si nécessaire. Les plateformes peuvent aussi permettre la demande d’extraits plus longs après coup, par exemple une séquence de 1 à 3 minutes. L’essentiel est de commencer avec un tampon couvrant la majorité des cas, puis de permettre aux équipes de compléter si besoin.
Un autre principe-clé de l’approche événementielle repose sur la lecture des alertes comme des schémas, et non comme des événements isolés. Une détection unique par IA peut être trompeuse : un conducteur jette un œil ailleurs, un capteur produit un faux signal. Mais si le même événement se répète plusieurs fois en peu de temps, cela modifie sa gravité. Le système peut alors le classer en priorité élevée. Ce raisonnement réduit drastiquement les alarmes inutiles tout en assurant une réaction rapide aux risques avérés, et permet un coaching plus ciblé.
Un coût souvent sous-estimé par les flottes est celui du temps humain dédié à la relecture. Même avec des frais de données maîtrisés, un excès de clips peut saturer les équipes en charge du monitoring. Oscar recommande de refléter la logique de priorité de l’appareil au niveau plateforme. Les événements urgents doivent apparaître en priorité pour un traitement immédiat. Les autres peuvent être traités à posteriori dans les rapports quotidiens ou hebdomadaires. En pratique, c’est ce qui rend le flux de travail vidéo viable à long terme.
Pour les nouveaux utilisateurs, Oscar déconseille d’activer toutes les fonctions en même temps. Il est plus judicieux de démarrer avec les alertes essentielles à la sécurité conducteur : excès de vitesse, événements ADAS et DMS. Les seuils doivent être adaptés au contexte (vitesse, conditions). Un comportement peut sembler bénin à faible vitesse mais devenir critique sur autoroute. Il réaffirme aussi l’intérêt d’escalader les alertes répétées afin d’améliorer la sécurité sans surcharger les équipes en notifications.
La connectivité est un autre enjeu important, notamment pour les flottes circulant à l’international. Oscar évoque l’intérêt croissant pour les cartes SIM conçues pour limiter les frais d’itinérance. Certains fournisseurs proposent des cartes multi-IMSI capables de changer d’identité selon le pays et de se connecter localement, réduisant les coûts et améliorant la stabilité. Même si l’investissement initial est plus élevé, cela reste plus rentable à long terme qu’un roaming constant.
La perte de signal est prévue d’emblée, ce n’est pas un cas extrême. Les camions perdront la couverture. La vraie question est : comment réagir ? Oscar recommande que, dès que la connexion est rétablie, l’appareil envoie en priorité les données temps réel, puis les clips historiques en arrière-plan. Les événements liés à la sécurité comme le brouillage doivent être traités différemment, car ils peuvent signaler un acte malveillant. Le système doit alors protéger le fichier contre l’écrasement et le téléverser au plus tôt. Cela distingue nettement un tunnel (perte normale) d’une attaque par brouillage (danger).
La protection des biens est naturellement liée à l’approche événementielle. C’est souvent là que la vidéo apporte le plus de valeur. De nombreuses flottes commencent avec une caméra orientée vers la route, mais les pertes surviennent souvent à proximité des portes, dans les dépôts ou pendant les pauses. L’efficacité ne passe pas par la surcharge en caméras, mais par leur position ciblée sur les zones à risque. Oscar évoque un agencement type incluant caméra avant, conducteur, éventuellement latéral pour les angles morts, et enfin vue arrière ou zone de chargement. Une caméra bien placée sur la porte arrière suffit fréquemment à assurer un minimum de traçabilité, tout en laissant ouverte la possibilité d’un maillage plus complet pour les cargaisons sensibles.
En résumé, la télématique vidéo événementielle est plus qu’un simple ajout. C’est un système structuré : détection en périphérie, priorisation intelligente, tampons bien pensés et workflows adaptés aux contraintes humaines et budgétaires. Lorsqu’ils fonctionnent ensemble, ces éléments permettent de capter les bonnes preuves, maîtriser les coûts et industrialiser les processus. C’est à ce moment-là que la vidéo cesse d’être une charge et devient un levier opérationnel durable.
Si vous êtes un fournisseur de services télématiques ou un opérateur de flotte, et que vous souhaitez ajouter de la vidéo événementielle à votre offre, Navixy peut vous accompagner grâce à un modèle de déploiement pratique et des intégrations prêtes à l’emploi. Contactez les ventes dès aujourd’hui pour discuter de votre cas d’usage et organiser une démo.